Le Sillon de Valérie Manteau
Valérie Manteau est une journaliste engagée, française née en 1985, qui vit entre Marseille, Paris et Istanbul. Le Sillon est son second roman ; son premier livre, Calme et tranquille paru en 2016, évoque entre autres son amour pour un turc, ce qui est également le point de départ du Sillon.
La narratrice, passionnée de la ville d'Istanbul et cherchant un sujet pour son livre, s’aperçoit que la démocratie en Turquie est mise à mal par le régime de Tayyip Erdogan, actuel président de la république de la Turquie. La narratrice homodiégétique se promène dans les quartiers cosmopolites de la ville et découvre différents personnages, en particulier le journaliste turc d'origine arménienne Hrant Dink, assassiné en pleine rue en 2007 par un nationaliste turc. Hrant Dink était le premier créateur d'un journal bilingue turco-arménien dont le titre « Agos » signifie « le sillon ». La narratrice déplore que ce tragique événement n'ait pas eu d'écho en France et elle décide d'en faire le sujet de son deuxième livre.
Il est intéressant de lire ce texte polémique, ponctué non pas de chapitres, mais de rencontres avec différents personnages qui l'aident à faire avancer ses recherches sur Hrant Dink, et à nous faire également découvrir la personnalité de cet homme œuvrant pour la paix, la démocratie et le vivre ensemble.
Ses descriptions de la vie à Istanbul où la vie est très animée sont plaisantes à lire. « Entre l'heure de sortie des bureaux et la nuit, il y a souvent des musiciens qui accompagnent la traversée, quand ce ne sont pas des vendeurs de matériel improbable, de l'épluche-légumes à la lampe solaire de jardin, et le boniment qui va avec bien sûr... Deux chanteurs et une guitare ce soir, qui préfèrent profiter du coucher de soleil sur le pont avant plutôt que de jouer à l'intérieur, même si il y a moins de monde. » (p.99)
Grâce à ce livre on comprend mieux certains événements historiques qu'elle mentionne, tels que le génocide des Arméniens et l’attentat contre Charlie Hebdo qu’elle mentionne à de nombreuses et touchantes reprises.
Le moins appréciable est le contexte politique très compliqué auquel elle fait référence, les rencontres avec une multitude de personnages … le lecteur perd vite le fil de l'histoire. Le jeune lecteur de 15 ou 16 ans peut juger que le sujet et le style du Sillon sont trop complexes pour son âge.
Annouchka Rattanachane