Une disparition mystérieuse
FEDERICA BER de MARK GREENE
Ce roman retrace l’histoire d’un narrateur, qui, en lisant son journal accompagné de croissants, découvre un fait divers venant de se produire en Italie. Quelques jours auparavant dans les Dolomites, un homme et une femme liés l’un à l’autre ont été découverts au pied d’un muret rocheux. Umberto B. et Phaedra L. étaient un couple d’architectes riches et célèbres. Est-ce un accident ou un suicide ? L’article stipule que lors de l’ascension en montagne, ils étaient accompagnés par une jeune femme nommée Federica Bersaglieri. Elle est donc le suspect numéro un de l’enquête. Ce nom rappelle alors au narrateur une personne qu’il a connu vingt ans auparavant dans une salle de jeu, son amie Federica Ber... Il se remémore leur histoire, leurs moments, tout en suivant l’avancée de l’enquête et en la menant également de son côté. Il se souvient d’une semaine passée avec elle à Paris. Ils avaient alors dormi ensemble à la belle étoile, imité la démarche des gens sans qu’ils s’en aperçoivent, bu du vin… Lors de son enquête, il émet différentes hypothèses, notamment sur la rencontre des deux femmes, Federica et Phaedra, dans les montagnes, afin de comprendre ce qui s’est passé.
Cette œuvre écrite par Mark Greene est intéressante par le fait que c’est un roman hybride, il combine plusieurs genres, tels que le roman policier, le roman poétique, sentimental et philosophique : il s’agit de deux histoires d’amour entrecroisées autour d’un meurtre. C’est surtout un livre de fiction qui laisse place à l’imaginaire. L’auteur s’est inspiré d’une femme qu’il a connu, auparavant, dans la vraie vie, une femme qui l’a beaucoup marqué. Il opte pour une écriture tout en finesse et en fluidité. Le narrateur fait partie de l’histoire, du moins dans la première partie. Dans la seconde, il nous fait part de ce qu’il imagine et reste extérieur à l’histoire qu’il invente. La majorité du temps, il raconte l’histoire de son point de vue, notamment dans les chapitres où il parle de son histoire d’amour avec Federica ou lorsqu’il mène son enquête. Mais dans la seconde partie, il adopte le point de vue de Phaedra ou d’Umberto, jamais celui de Federica qui reste mystérieuse et intrigante jusqu’à la fin. Ainsi, la structure du roman est surprenante. D’un chapitre à l’autre, nous remarquons une alternance entre le passé et le présent, et entre différentes focalisations, toujours centrées sur le personnage qu’il a tant aimé et qui a disparu de sa vie.
Dans ce roman hybride, l’enquête est menée à la fois par les policiers mais aussi par le narrateur en personne. Ce roman est empreint de philosophie, celle de Federica, et fournit au lecteur une nouvelle conception de la vie, qui inspire Phaedra : « s’éclipser pour mieux vivre ». On retrouve aussi de nombreuses passages remarquables de profondeur : « L’attente n’est pas le contraire de l’action. Elle en est le point de départ, l’amorce… ».
C’est une histoire alléchante, est-ce un suicide ou un meurtre ? Qu’est devenue Federica Ber ? Est-elle la cause de ce meurtre ? Le narrateur va-t-il la retrouver ?
La fin est assez surprenante et quelque peu triste. Le lecteur ne s’attend pas à cette simplicité. Le roman se clôture assez rapidement sans donner de nouvelles de Federica, ce qui nous laisse sur notre faim, mais nous fait réfléchir au sens de l’existence et de la mort.
Globalement, ce roman est simple à lire tout en étant captivant. Le lecteur a envie de continuer la lecture à chaque chapitre. Mais une fin plus élaborée aurait été appréciable, une seconde fin hypothétique où le narrateur imaginerait que le couple d’architectes ne se suicide pas… Mais ce roman se détourne du policier parce qu’il cherche à faire éprouver au lecteur un manque, une nostalgie, pour l’inciter lui-même à créer sa propre histoire, et sa propre fin.
PIERREFICHE Charlotte