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Première Partie rédigée par Kimberley, Cloé B., Thibaut, Corentin, Mathilde B., Luana Lucie et Bérénice

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À l’occasion de la nouvelle création de Frédérique Antelme, qui présente Tartuffe à Poitiers avec La Clique Darsène, nous allons comparer quatre mises en scène différentes de cette comédie de Molière écrite en 1666, mais qui n’a été jouée qu’à partir de 1669 : la mise en scène de Jacques Charon créée en 1973, celle d'Ariane Mnouchkine représentée en 1995, celle de Georges Bensoussan qui date de 1997, et bien entendu celle de Frédérique Anthelme, que nous sommes allés voir en mars 2014. Chaque metteur en scène a travaillé cette pièce différemment en tenant compte de l'époque et de la société dans laquelle il vit. Quels sont les points communs entre ces quatre mises en scène de Tartuffe ? Autrement dit, quels sont les éléments invariables de la pièce écrite par Molière que les metteurs en scène ont conservés ? D’autre part, quels sont les différents partis pris de ces metteurs en scène de Tartuffe ? Nous analyserons tout particulièrement celui de F. Anthelme.

Dans chaque mise en scène, les noms des personnages sont identiques à ceux que leur a donnés Molière. Les metteurs en scène ont aussi conservé le caractère des personnages, qui sont universels et atemporels : ils correspondent à des types humains. Les personnages principaux communs à toutes les mises en scène sont Tartuffe et Orgon. Tartuffe est un religieux hypocrite et manipulateur qui ne respecte pas les principes de la religion et la contredit. Orgon, quant à lui, est un religieux sincère, naïf, qui dirige la maison avec une autorité excessive. Orgon est très influencé par Tartuffe, il ne voit que par lui.

Les autres personnages présents dans les quatre mises en scène sont Dorine, Elmire, Mariane, Damis, (et dans une moindre mesure en ce qui concerne la mise en scène de Frédérique Antelme), Cléante, Mme Pernelle et Valère. Dorine (la servante et nourrice de Marianne) est un personnage franc et énergique, elle prend toujours la défense de Mariane et ose s'opposer à Orgon. Elmire, la femme d'Orgon, lui est soumise. Elle est très intelligente et fait découvrir la vérité sur Tartuffe à son mari. Mariane est la fille d'Orgon, une jeune fille vulnérable, sous l'autorité de son père, et qui n'ose rien dire, contrairement à son frère Damis. Ce dernier est un jeune homme révolté qui a beaucoup d'influence sur Marianne : c'est son allié. Il se rebelle contre son père qui l’expulse de la maison. Mme Pernelle est la mère d'Orgon, c'est elle qui a élevé Orgon comme un dévot. Valère, quant à lui, est peu présent dans la pièce, mais il est tout de même l’amant de Marianne, celui pour qui elle trouve la force de résister à la volonté paternelle.

Une des libertés que prennent les metteurs en scène sur le caractère des personnages est de varier leur intensité. Par exemple dans la mise en scène d'Antelme, Orgon est très irascible, il crie très fort, bouge beaucoup et est souvent rouge de colère. Il n’en est que plus ridicule. Plus l’intrigue progresse et plus son comportement confine à la folie. Antelme souligne donc par ce personnage les abus d’autorité du père.

Le fil de l'intrigue est aussi commun à toutes les mises en scène. L'intrigue est centrée sur la complicité d'Orgon et Tartuffe. Tartuffe manipule Orgon pour obtenir ce qu'il veut de lui, ses biens, son argent, sa confiance, sa famille. Orgon, obnubilé par Tartuffe, ne se rend compte de rien, même lorsque Damis tente en vain de le prévenir. Il a une confiance aveugle en Tartuffe et veut que sa fille l'épouse. Or Mariane a déjà un amant avec qui elle veut se marier. Elle résiste alors au mariage auquel l'oblige son père. Elmire, tout d'abord sous l'influence d'Orgon, met tout en œuvre pour prouver à son mari que Tartuffe est un manipulateur. Elle va jusqu'à faire croire à Tartuffe qu'elle consent à céder à ses avances. Lorsqu’Orgon se rend compte de la trahison de Tartuffe, il est trop tard : Tartuffe envahit le domicile d'Orgon et fait main basse sur ses biens.

Dans la pièce originelle écrite par Molière, Orgon et sa famille sont des catholiques (qu’on qualifierait d’intégristes à notre époque) : la pièce aborde donc le thème de la religion et de l'extrémisme.
Tartuffe, à qui Molière a donné un rôle de faux dévot, a très bien su comment amadouer Mme Pernelle et par la même occasion Orgon. Ce dernier est tellement obsédé par Tartuffe que la santé et le bien-être de son protégé passe avant ceux de sa femme et de sa famille. Orgon est un père de famille très autoritaire, qui, sans vraiment le vouloir, fait du mal à ses proches, au nom de la religion et de son maître à penser, Tartuffe. Les quatre mises en scène ont conservé l'intrigue générale. Dans leur mise en scène, Charron et Mnouchkine ont fait de la religion la cible de la satire, car c'est le thème principal de l'histoire de Molière. Chez Anthelme, de nombreux éléments révèlent l'attachement d'Orgon et Tartuffe à la religion, surtout au début de la pièce qui commence avec tous les personnages regroupés autour d’Orgon au premier rang, occupés à prier à genou, en chantant fort, les bras vers le ciel, ce qui souligne le caractère austère, rigide … et ridicule d’Orgon. Pour Mnouchkine, Orgon et Tartuffe sont des musulmans intégristes ; à des époques et dans des milieux différents, la religion est un ressort essentiel de la pièce de Molière, mais Mnouchkine met en évidence le caractère dogmatique de leur pratique religieuse.

Mnouchkine, Bensoussan et Antelme revêtent les personnages d’Orgon et de Tartuffe de costumes sombres, ce qui est symbolique de la dévotion, de l’austérité et du dogmatisme. Dans ces trois mêmes mises en scène, le décor est plutôt sombre, sans accessoires ni meubles. Charon, quant à lui, opte pour une mise en scène qui tente de rendre précisément compte de l’époque de la création de la pièce. Les trois premières mises en scènes offrent donc un décor et un jeu à fonction symbolique, en accentuant les registres tragique ou pathétique, mêlés au comique. Seul Jacques Charron a choisi une mise en scène réaliste, qui respecte de bout en bout les règles de bienséance, de vraisemblance et de rationalité de la comédie classique.

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Seconde partie rédigée par Inès A.M., Céline, Joey, Franck, Aurore, Amandine, Emma et Elisabeth.

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Quelles interprétations de la pièce de Molière les différents metteurs en scène offrent-ils au spectateur, et plus particulièrement Antelme ?

Comme nous venons de le constater, il y a une forte opposition entre les mises en scène d’Antelme, Bensoussan, Mnouchkine, qui sont modernes et symboliques, à celle de Charon qui a opté pour une mise en scène réaliste (tant pour le décor, que les costumes, le maquillage, le jeu des comédiens, ou la lumière ...). Mnouchkine a choisi pour fond de scène les barreaux d'une grille pour symboliser un univers carcéral, car Orgon et Tartuffe, les deux musulmans intégristes, enferment la famille dans leur pratique obscurantiste. Le plateau n’est occupé que par un petit lit en fond de scène, comme dans une cellule de prison. Dans la mise en scène de Bensoussan on trouve simplement une petite porte et un plafond bas qui donne l'impression de réduire l'espace de la pièce, ce qui peut signifier la progression malveillante de Tartuffe dans la famille. Anthelme a également un décor assez sobre et dépouillé. L'espace est centré sur un rideau à travers lequel certains jeux de lumière permettent de figurer tantôt un autre lieu (une chapelle par exemple pour la scène d’exposition) tantôt l’intériorité d’Orgon ou le cauchemar de Mariane. On trouve également quelques prie-Dieu qui symbolisent l’austérité et la dévotion du maître de maison, ainsi qu’un lustre de style ancien, côté cour de la scène, qui descend des cintres au fur et à mesure que Tartuffe prend du pouvoir et que la tyrannie s’abat sur la famille d’Orgon. Souvent, la musique rythme la progression de Tartuffe, ou marque les scènes qui ont été supprimées et dont les actions sont très approximativement et très schématiquement évoquées par Dorine.

Les metteurs en scène ont choisi un maquillage sobre et naturel pour la plupart, excepté Bensoussan qui l’a accentué pour montrer la noirceur inquiétante de Tartuffe. Ici, le maquillage est très prononcé et n'est pas réaliste : les cheveux de Tartuffe sont teints en bleu et ceux d'Elmire en orange ; les peaux sont blanchies, rappelant la mode du XVIIe siècle, et contrastant fortement avec les yeux soulignés de rouge, ce qui symbolise la haine et la méchanceté. Bensoussan fait ainsi allusion à la folie, l'exagération, la terreur que provoque la religion. Pour sa part, F. Antelme innove en choisissant des costumes plutôt contemporains, surtout pour les hommes. Tartuffe et Orgon portent un costume sombre avec chacun une étole. Celle d'Orgon, couleur orangé, est symbole du pouvoir, de richesse et du pouvoir paternel. Celle de Tartuffe, grise ou noire, rappelle l’usage qu’en font les prêtres lors des messes, et permet de souligner son double jeu hypocrite lorsque, parfois, il s’en sert pour masquer l’expression de son visage. Les femmes, quant à elles, portent des robes, certes de coupe contemporaine, mais avec de longues traînes : elles sont souvent prisonnières de ces traînes qui entravent leur déplacement ou leur liberté vis-à-vis d’Orgon. Seule Dorine sait se servir de sa traîne à son avantage, de manière rusée, pour se cacher ou protéger Mariane. La couleur de leur robe est symbolique du caractère ou du rôle de leur personnage : la robe blanche de Mariane symbolise la pureté, la robe crème et rose d’Elmire la séduction et la sensualité, la robe noire de Dorine l’opposition et la lucidité.

Cette dénonciation de l’inégalité entre les sexes est également soulignée par un autre procédé propre à la mise en scène de F. Antelme : distribuer deux rôles à certains comédiens. Le fait qu’une même comédienne joue à la fois Damis et Mariane, qui ont des caractères très différents (alors qu’ils sont frère et sœur et sont censés avoir été élevés de la même façon), montre l'inégalité de l'éducation entre filles et garçons. Il s’agit bien de notre société contemporaine, puisque Damis revêt un costume très actuel et s’affronte directement à son père, alors que Mariane est engoncée dans sa robe blanche à traîne et cherche plutôt à fuir qu’à s’opposer réellement. Les rôles de Mme Pernelle et Elmire sont également joués par la même actrice, ce qui suggère l’idée que Mme Pernelle est la cause de la folie destructrice de son fils, dont les conséquences se portent sur Elmire et sa famille. Les femmes auraient donc pleinement intégré leur infériorité et pour comble, seraient maintenues dans un statut de subalternes et d’êtres de seconde catégorie par l’éducation qu’elles donnent elles-mêmes à leurs fils !

Excepté Charron, chacun a sa manière de justifier l’obsession qu'a Orgon pour Tartuffe. C'est une façon pour les metteurs en scène de dénoncer ou revendiquer des valeurs qui leur sont propres et qui leur tiennent à cœur : chez Mnouchkine comme chez Antelme, la folie d'Orgon est causée par son éducation dans un milieu intégriste : leur création dénonce l'obscurantisme et l'influence néfaste de cette éducation austère et liberticide ; chez Bensoussan, elle est causée par sa vulnérabilité physique et les préoccupations de son grand âge (par opposition, Tartuffe est un personnage libidineux et obsédé par la sexualité ; Elmire est bien plus jeune que son époux et fort séduisante). Pour Antelme, en plus de l'influence que sa mère et son éducation ont sur le comportement et les réactions d’Orgon, son obsession est justifiée par une homosexualité refoulée. Sa violence serait la manifestation d’un désir que sa mère n’a pas toléré …

Antelme, plus que les autres metteurs en scène, a pris des libertés par rapport au texte, en supprimant ou en modifiant certaines scènes. La scène d’exposition avec Mme Pernelle est transformée : seules les répliques de la mère d’Orgon qui juge et condamne tous les membres de la famille, excepté son fils, sont conservées et réparties au fil de la mise en scène ; la mère d’Orgon apparaît seule, comme momifiée derrière le rideau central. Ses répliques sont enregistrées. L’ensemble figure les pensées qui hantent Orgon et l’influencent. Certaines scènes de Cléante sont supprimées, ce qui amoindrit son rôle auprès d’Orgon. Le personnage de l’ « Honnête Homme » du XVIIe siècle, seul capable de tempérer les excès d’Orgon, est décrédibilisé à la fois par le jeu véhément et plein d’assurance d’Orgon et le jeu timide et hésitant de Cléante. Il en est de même pour Valère, dont les scènes ont été supprimées ou raccourcies pour le vulnérabiliser, et dont l’apparition fugitive grâce à un jeu de lumière à travers le rideau des coulisses, symbolise son impuissance. Ces procédés privent Mariane des soutiens affectifs et moraux dont elle bénéficiait dans le texte de Molière. De plus, la scène finale est supprimée ce qui donne à la pièce un registre en totale opposition à celui du texte original et aux trois autres mises en scènes. Les œuvres de Bensoussan, de Mnouchkine, d’Antelme et de Charron ont le même registre comique, puisque la pièce originelle est une comédie classique. Dorine, la servante, est le personnage comique par excellence et amuse les spectateurs. Mais Antelme oppose au registre comique la tonalité tragique de la fin de la pièce, en supprimant le dénouement écrit par Molière. Tartuffe parvient donc à expulser la famille de la maison. Dans sa mise en scène, le registre tragique par l’autoritarisme d’Orgon, l’omniprésence du fantôme de Mme Pernelle, le cauchemar de Mariane et la suppression des scènes de dénouement de la pièce, finit par dominer. F. Antelme fait ici allusion au contexte économique actuel, et aux nombreuses expulsions des plus déshérités.

Par leur mise en scène du texte de Molière, Mnouchkine et Antelme dénoncent les travers de la société dans laquelle nous vivons et revendiquent pour l’une davantage de tolérance, pour l’autre une éducation plus épanouissante et une plus grande sincérité dans les rapports humains. Les metteurs en scène interprètent et transposent différemment la pièce Tartuffe, mais conservent tout ou partie du texte original et les caractères essentiels des personnages. Dans les quatre mises en scène étudiées, Antelme se démarque davantage en opérant des coupes dans le texte et en rendant la « comédie » tragique, pour aller à l’essentiel de la dénonciation de la tyrannie paternelle et celle des apparences sur lesquelles notre monde est construit.

Les mises en scène de Tartuffe varient selon les partis pris des metteurs en scènes : certains y ajoutent des registres, suppriment des scènes ou transposent l’action dans un autre univers spatio-temporel. Chaque mise en scène est unique.

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