CRITIQUE LITTERAIRE
Adeline Dieudonné, La Vraie Vie
Une petite fille de dix ans raconte son histoire. Elle a un frère prénommé Gilles, un père violent envers sa femme, puis finalement envers tout le monde. Son père est un chasseur, il possède une pièce dédiée aux cadavres d'animaux, dont une hyène. La jeune narratrice s'imagine que l'esprit de la hyène essaie de s'emparer de l'esprit de Gilles, mais finalement la hyène échoue et continue de hanter celui du père. La jeune fille qu'elle devient rencontre un homme, qu'elle surnomme le Champion, et dont elle tombe amoureuse, alors qu'elle garde les enfants du jeune couple qu'il forme avec sa femme, dite la Plume. Son père se fait tuer par son propre fils, Gilles. Tout cela se produit à partir du moment où le siphon du marchand de glace lui éclate à la figure et qu'il en meurt devant les yeux effarés de la narratrice et de son petit frère. Elle décide alors de remonter dans le passé pour que cela ne se produise pas.
Ce roman est tragique du fait de tous les animaux morts, de la hyène qui hante l'esprit de certaines personnes et qui les rendent complètement folles, remplies de rage. Ce registre est captivant, il donne envie de lire la suite. Le roman est chronologique et avance inexorablement dans l'horreur, même si l'idée fixe de la narratrice est de retourner dans le passé pour sauver son petit frère de l'esprit de la hyène.
Le style d'écriture d'Adeline Dieudonné est plutôt organique, quand elle décrit par exemple le marchand de glace après l'explosion du siphon en disant que son visage ressemble à de la viande hachée. Son écriture est aussi ébouriffante. Elle écrit dans un langage courant, excepté pour les paroles du père quand il est en colère et qu'il traite sa fille de ''conne''. Ce roman est surtout centré sur la violence conjugale, familiale et animale, la peur et la souffrance c'est-à-dire des thèmes qui nous préoccupent tous. Pour la jeune narratrice, lorsque que l'on est en colère, c'est comme si une bête se réveillait.
On éprouve de la peur, surtout lors de la chasse organisée par le père et dont la proie est la fillette. Mais aussi du dégoût, à la page cent cinquante : « ses oreilles avaient été arrachées »[...] La gorge était tranchée ». Ce passage est horrible pour ceux qui adorent les animaux et ici il s'agit d'un bouc. Le père est horrible avec sa femme, il la prend pour une moins que rien. À chaque passage où le père martyrise sa femme, on se demande pour quelles raisons la mère ne réplique pas, pour quelles raisons elle ne s'affirme pas, car toute personne qui a vécu cela, même si ce n'est pas auprès d' un mari, sait bien que du moment où l'on dit STOP, un vrai stop, la personne violente cesse de l'être.
Tiffany Foucaud